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Point presse mensuel de Laurence Parisot - Mai 2010
Bonjour à tous. Le Conseil exécutif du Medef s’est organisé en deux parties hier. Il y avait une première partie qui était consacrée à la campagne électorale pour la présidence du Medef. Et puis une deuxième partie consacrée essentiellement au dossier retraite. Je serai assez brève sur la première partie. Le Conseil exécutif a été pendant cette première partie présidé par Jean-Louis Schilansky, le vice-président trésorier, et j’ai pu pendant trente minutes exposer mon projet pour le Medef des prochaines années. Je dois vous dire que c’était un moment d’exception, un moment de très grande qualité, de grande dignité aussi car il était évident que, tous autour de la table, nous mesurions la gravité des enjeux auxquels nous sommes tous confrontés aujourd’hui et il y avait, dans les échanges qui ont suivi mon discours, un sérieux mais aussi une unanimité tout à fait exceptionnels. Et je dirais aussi une grande fierté du travail accompli ces dernières années et une grande fierté d’être ensemble. Il y avait un esprit d’équipe particulièrement fort qui planait autour de la table du Conseil hier. Très brièvement, parce que j’aurais l’occasion beaucoup d’en parler dans les semaines qui viennent et parce que je voulais absolument réserver l’essentiel aux membres du Conseil exécutif, je ne vais pas rentrer ce matin devant vous dans le développement de ce projet que j’ai proposé. Je voudrais simplement vous dire qu’il y a un fil rouge à tout ce que j’ai dit : c’est la compétitivité. La compétitivité pour nos entreprises, la compétitivité pour la France. Et la compétitivité passe par un travail approfondi que nous allons nous-mêmes mener sur ce qu’il faut faire pour réduire les déficits public et commencer sérieusement le désendettement de la France. La compétitivité passe également par le développement de l’entreprenariat. En effet, ce n’est pas simplement par la réduction de dépenses que nous pourrons nous en sortir mais aussi par la multiplication des richesses, par la création de richesses. Mais la compétitivité, en ayant toujours à l’esprit dans la conduite de nos projets d’entreprise, le respect de l’homme. Et nous avons tous dit très clairement, à quel point nous avions la conviction que l’homme était au cœur de l’entreprise, que l’homme était le cœur de l’entreprise. J’ai d’ailleurs aussi ajouté la femme également. Et le respect de la femme également, le respect du chef d’entreprise aussi, cela va s’en dire mais mieux en le disant. C’était donc la première partie du Conseil exécutif d’hier.
Retraite La deuxième partie du Conseil exécutif a été consacrée au dossier retraite. Et nous avons eu l’occasion de présenter les scénarios du COR et les grandes lignes du document d’orientation que vous avez tous vu, parcouru, analysé. Document d’orientation rendu public par le gouvernement dimanche soir. Là c’était un autre moment fort du Conseil exécutif parce que nous avions toujours eu nous-mêmes la conscience de la gravité de la situation. Et c’est pour cette raison que nous avons été les premiers il y a déjà trois ans, à casser le tabou de l’âge légal des départs à la retraite. Mais je dois dire que les chiffres des scénarios du COR ont dépassé toutes nos craintes. Je pèse mes mots. Les chiffres des scénarios du COR ont dépassé toutes nos craintes. Hier, il y avait presque le souffle court chez beaucoup de membres du Conseil exécutif quand nous avons, dans le détail, examiné les différents paramètres. Nous considérons que la situation est vraiment très préoccupante. Je voudrais illustrer cela par un des scénarios qui est présenté par le COR. Dans les documents du COR, il y a un scénario où on repousse l’âge légal de départ à la retraite à 63 ans et la deuxième borne d’âge à 68 ans. Et que, par ailleurs, on augmente le nombre d’annuités à 45 ans. Donc c’est le scénario 63, 68 et 45 ans d’annuités. Scénario calculé sur un horizon 2030. Et même avec ce scénario à l’horizon 2030 – ce n’est dans pas longtemps 2030, c’est dans 20 ans –c’est-à-dire que cela touche la retraite de ceux qui ont 40 ans aujourd’hui. Et bien même avec ce scénario, nous aurons encore besoin de plus de 13 milliards d’euros par an à partir de 2030, en réalité un peu avant 2030, et en réalité aussi un peu plus que 13 milliards pour chaque année à partir de 2030. Nous aurons besoin de plus de 13 milliards à trouver en plus pour financer les pensions qui seront versées, qui devront être versées à ce moment-là, à cette année-là. C’est donc tout à fait considérable et quand on dit sans cesse dans un bel unanimisme mais dans un sacré conformisme aussi, que nous voulons préserver notre système par répartition, que nous faisons tout pour préserver notre système par répartition, mais est-ce qu’on comprend bien ce qu’est le système par répartition ? Le système par répartition, ce sont les cotisations d’aujourd’hui qui payent les pensions d’aujourd’hui. C’est cela le système par répartition. Donc en clair, même dans ce scénario, les cotisations de 2030 ne pourront pas payer les pensions de 2030. Donc, même dans ce scénario, nous ne sommes déjà plus dans le système par répartition. Nous sommes dans un système qui ne peut pas délivrer de pensions et si on dit qu’il faut trouver un complément, je vais y revenir, ce complément est d’une ampleur telle qu’en aucun cas on peut continuer à dire nous sommes dans le système par répartition. Nous ne nous sommes pas prononcés hier au Conseil exécutif sur ce que serait pour nous le meilleur des scénarios. Nous le ferons dans quelques semaines mais nous estimons que c’est trop tôt, que la concertation continue, que nous avons besoin d’approfondir un certain nombre de données et aussi de pistes de travail. La réunion que nous allons avoir demain avec le ministre Eric Woerth va être tout à fait importante. Mais, au plus tard début juin, nous nous prononcerons sur une recommandation et sur ce qui serait pour nous le scénario idéal. Ce que nous pouvons ajouter, c’est que s’il est envisagé des compléments de financement – il est légitime de poser la question évidemment –mais il faut bien avoir à l’esprit, l’ampleur des ressources nouvelles à trouver. Quand est évoqué dans le document d’orientation la piste des revenus du capital ou d’une fiscalité spécifique sur les hauts revenus, nous notons que c’est tellement flou, qu’on ne peut pas se prononcer. C’est totalement flou sur l’assiette, c’est flou sur le taux et ce n’est pas du tout chiffré sur ce qu’on pourrait en retirer comme les recettes complémentaires. Or c’est bien ça le sujet. Si quelque chose d’autre est envisagé, très bien, est-ce que ça permettrait de combler ce qui manque ? Je vous ai dit, j’ai pris un scénario moyen, 63-68 ans de bornes d’âges, 45 ans d’annuités et on a besoin de 13 milliards. Est-ce que ce qui est envisagé, permettrait de prélever chaque année, chaque année, en France 13 milliards d’euros ? Chaque année, c'est-à-dire que, non seulement je pourrais trouver une assiette qui au moins une fois me permettra de trouver 13 milliards mais qui n’aura pas d’effets pervers tels que cette assiette au fur et à mesure qu’elle sera ponctionnée, va disparaître. Il ne faut pas oublier cette dimension-là. Donc on est dans un moment très sérieux. Je crois qu’on peut féliciter le gouvernement d’avoir eu le courage de mettre cette question aussi clairement sur la table et, encore une fois, nous-mêmes qui avions conscience de la gravité de la situation, nous ne nous attendions pas à quelque chose d’aussi préoccupant. Il y a quelque chose qui manque dans le document d’orientation du gouvernement. Compte tenu de ce que je viens de dire, ce sont les pistes qu’il conviendrait de travailler, de creuser sérieusement sur les retraites par capitalisation. Tout d’abord, il est évident que contrairement à ce qui se dit ici ou là, les Français sont intéressés par ce mode d’accès à des retraites et la preuve tous ceux qui en bénéficient, y compris les fonctionnaires avec la Préfonou bien les salariés de grands groupes qui bénéficient de retraites d’entreprise, tous considèrent qu’il y a là quelque chose d’extraordinairement efficace et rassurant. Nous devons donc aujourd’hui nous demander comment mettre en place, en plus de ce que nous pourrions garder du système par répartition, un nouveau dispositif très incitatif voire obligatoire, de système par capitalisation. Hier, autour de la table du Conseil exécutif, beaucoup estimaient que c’était probablement la seule voie, pas simplement raisonnable mais réaliste possible. J’ajouterais que cette inquiétude que nous avons, elle est certainement accentuée par le fait que quand on regarde les scénarios du COR, n’oubliez jamais qu’ils ont été calculés avec un taux de chômage à 4,5 % à partir de 2021. Je crois qu’on n’a pas connu ça depuis le tout début des années 60 mais surtout, car en vérité, le taux de chômage n’a pas énormément d’incidence sur le calcul des paramètres, avec un taux de gains de productivité annuels de 1,5 % par an. Il faut avoir à l’esprit que dans les meilleures années, sur la période 2000/2007, qui était plutôt une période de croissance économique tout à fait convenable, dans ces meilleures années, nous avons pu aller jusqu’à un taux de productivité de 1,2 %. Et ce taux de productivité a énormément d’incidence dans le calcul des besoins de financement. Je terminerai en vous indiquant que sur la question de la pénibilité qui est également abordée dans le document d’orientation du gouvernement, je dis et nous l’avons toujours exprimé ainsi, que nous sommes tout à fait ouverts à des mécanismes de pénibilité, à condition qu’ils soient traités d’une manière individuelle et qu’une approche collective nous semble inenvisageable, susceptible de provoquer de nombreux abus et, surtout, au fond, de rendre à néant, tous les efforts qu’on pourrait éventuellement faire pour rééquilibrer le système en bougeant les bornes d’âge et les durées de cotisation. Donc, un mécanisme individuel, oui, car il est tout à fait exact qu’il y a des situations de forte pénibilité, il y a des carrières professionnelles difficiles et là, il faut traiter cela au cas par cas. Et un traitement au cas par cas, cela ne veut pas dire que cela ne va pas concerner beaucoup de gens, tous ceux qui subissent quelque chose de physiquement très difficile. Mais un traitement collectif ne saurait être envisagé selon nous.
L’euro Ce que je voudrais dire est vraiment très important. Ce qui se passe aujourd’hui là aussi est tout à fait décisif. Il faut que tout le monde comprenne que, nous, le Medef, avec évidemment unanimité mais plus que ça avec intensité, nous voulons dire que l’Europe, c’est notre patrimoine et que dans ce patrimoine, l’euro est un de ses joyaux. Nous voulons, au nom de toutes les entreprises de France, dire notre confiance dans l’euro, notre attachement indéfectible à la monnaie unique, notre conviction que la zone euro est une zone de potentiel économique incontestable et de grand avenir. Certes, nous passons des moments difficiles, toute la planète passe des moments difficiles. Mais nous sommes absolument convaincus que la zone euro peut s’en sortir grandie et renforcée. Et je voudrais mettre en garde tous ceux qui se laisseraient aller au dénigrement et tous ceux aussi qui ne pensent même pas à réagir, y compris les politiques. Quand certains propos sont prononcés ou quand on semble leur accorder un certain crédit parce qu’ils sont prononcés en anglais, depuis une capitale financière, Londres, à ceux qui ne réagissent pas à ces propos que je suis entrain d’évoquer, nous voulons leur dire : n’allez pas gober n’importe quoi. Gober, cela dit bien ce que cela veut dire : cela veut dire avaler sans réfléchir. Et montrons-nous plutôt constructifs, créatifs, résistants et fiers de ce que nous avons déjà fait, nous, les Européens. Juste après l’élection à la présidence du Medef nous prendrons une initiative forte qui concernera tous les patronats des principaux pays de la zone euro pour démontrer notre confiance dans le potentiel économique de l’Union européenne et de la zone euro en particulier.
Sociétés publiques locales Dernier point qui a été examiné hier, dont je vous ai déjà parlé mais qui n’a peut-être pas été assez explicite de ma part. Dans quelques jours, au Parlement, va être examiné en deuxième lecture un texte qui concerne les sociétés publiques locales. Ce sont des sociétés créées par les collectivités territoriales et ces sociétés peuvent gérer toute une gamme de services d’intérêt général, mais compris au sens le plus large de cette notion. Cela va de l’assainissement à n’importe quel type de travaux publics. Ce texte prévoit que ces sociétés publiques locales pourront échapper à tout appel d’offres et ne seront pas concernées par la législation sur les marchés publics. Il s’agit selon nous d’une atteinte grave à la liberté du commerce et de l’entreprise. Il s’agit d’une menace pour des milliers d’entreprises et notamment des PME qui travaillent beaucoup et qui ont comme « corps business » de répondre à ces appels d’offres publics. Et ces PME auront, si ce texte est adopté, toujours l’obligation de passer par des appels d’offres, alors que les SPL créées ainsi par la loi n’auraient plus cette obligation. Nous considérons qu’il y a une atteinte à la Constitution de notre pays et si le Parlement ne revient pas en arrière, nous porterons ce dossier assez loin sur le plan juridique. Il y a une détermination farouche de notre part sur cette question. |
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